Ce qu’est l’agrément Laboroute
Laboroute n’est pas un acronyme, et ce n’est pas une certification. C’est le nom d’une commission de l’IDRRIM (l’Institut des Routes, des Rues et des Infrastructures pour la Mobilité) et du dispositif qu’elle gère. Cette commission est l’un des groupes spécialisés du Comité opérationnel « Qualification – Comparaison inter-laboratoires ».
Le document délivré s’intitule « Agrément Laboroute n° xx-xxx » et énonce que le laboratoire est agréé pour exécuter les essais dont la liste est jointe. Le vocabulaire compte : l’IDRRIM parle d’agrément et de qualification, jamais de certification. Un prestataire qui vous propose « la certification Laboroute » ne connaît pas le dispositif.
Son objet est d’apporter une reconnaissance extérieure et indépendante de la capacité d’un laboratoire routier à réaliser ses essais dans le respect des normes et des méthodes reconnues. Il porte sur une validation globale des moyens : humains, matériels et documentaires.
Ce n’est pas une obligation réglementaire, et il faut le dire clairement. Aucun texte de loi ni fascicule ne fonde Laboroute. Le CCTP-type de l’IDRRIM lui-même n’exige jamais l’agrément seul : il écrit systématiquement « un agrément qualité de type Laboroute ou équivalent », et le présente comme « l’un des moyens » de justifier du bon fonctionnement du système. Le Code de la commande publique va dans le même sens : un acheteur public qui exige un label doit accepter les labels équivalents et tout moyen de preuve approprié. Méfiez-vous donc de qui vous vend Laboroute comme une obligation, c’est un avantage commercial, pas une contrainte légale.
Neuf domaines, et une règle d’éligibilité
Le référentiel couvre neuf domaines d’essais :
- 1 : matériaux traités aux liants hydrocarbonés
- 2 : matériaux non traités ou traités aux liants hydrauliques
- 3 : revêtements superficiels
- 4 : béton hydraulique de chaussées
- 5 : granulats
- 6 : liants hydrocarbonés, en deux sous-domaines, anhydres et émulsions
- 7 : sols
- 8 : essais in situ
- 9 : auscultation de chaussées
Le périmètre dépasse donc les essais sur matériaux : les domaines 8 et 9 portent sur des mesures réalisées sur l’ouvrage lui-même.
L’éligibilité obéit à une règle précise : le laboratoire doit demander au moins trois domaines, dont au moins un parmi les domaines 1, 2, 3, 4 et 8. Le domaine 9, créé en 2021, peut en revanche être demandé seul. Chaque domaine comporte des essais de base imposés, et l’agrément est délivré essai par essai : la liste nominative des essais est indissociable de la qualification. C’est un point à intégrer très tôt dans la réflexion, car il détermine l’équipement et les compétences à mobiliser.
Les exigences de moyens, sous-estimées
Le référentiel fixe des seuils d’effectif : un laboratoire principal doit compter au moins trois personnes à plein temps, dont au moins deux responsables d’essais ; une antenne, au moins deux responsables d’essais. Ces seuils écartent de fait les structures les plus légères, et il vaut mieux le savoir avant d’engager une démarche.
Une exigence d’indépendance mérite d’être citée telle qu’elle est écrite : la rémunération du personnel chargé d’effectuer les essais ne doit dépendre ni du nombre d’essais, ni de leurs résultats. Si votre système de primes est indexé sur la production du laboratoire, c’est un point à traiter en amont.
S’y ajoutent le raccordement métrologique des équipements à des étalons accrédités, la maîtrise documentaire des méthodes, et un audit interne annuel dont tous les points du référentiel doivent être couverts sur trois ans.
Le déroulé : audit, commission, surveillance
L’évaluation est menée par un expert mandaté par l’IDRRIM, selon un guide d’audit établi, il n’y a ni organisme certificateur ni intervention du COFRAC dans ce dispositif. La Commission Laboroute statue ensuite ; en cas d’avis favorable, le secrétaire général de la commission délivre la qualification.
Un point de calendrier à ne pas négliger : la Commission ne se réunit que deux fois par an. Manquer une session, c’est attendre six mois. Les dossiers doivent donc être bouclés bien en amont, et les éléments de suivi transmis au plus tard six semaines avant la commission.
L’agrément est délivré pour trois ans, reconductible pour trois ans après un audit de reconduction. Entre deux audits, la surveillance est annuelle et documentaire, sans visite sur site : elle repose sur trois éléments, un questionnaire de suivi, le compte rendu de revue de direction, et le compte rendu de l’audit interne. C’est là que beaucoup de laboratoires décrochent : l’agrément est obtenu, puis la revue de direction n’est plus tenue et le dossier de suivi devient indéfendable.
Depuis la version 2024 du référentiel, les écarts sont qualifiés de critiques ou non critiques. Un écart critique peut entraîner la suspension d’un essai, d’un domaine ou de l’agrément entier, et l’agrément n’est pas délivré tant qu’il n’est pas levé. Un écart non critique donne lieu à un plan d’actions, l’agrément étant délivré et la levée vérifiée à la commission suivante. En cas de suspension, l’interdiction est immédiate : plus de référence à l’agrément, plus d’usage du logo, retrait de la liste publiée.
Laboroute ou COFRAC ? Les deux ne s’opposent pas
C’est la question qui revient le plus souvent, et la confusion est fréquente. Les deux démarches sont de nature différente :
- l’accréditation est une activité de puissance publique, confiée en France au seul COFRAC, et elle évalue la conformité à la norme NF EN ISO/IEC 17025 ;
- l’agrément Laboroute est un dispositif privé et sectoriel, qui évalue la conformité au référentiel Laboroute.
Aucune dépendance dans un sens ni dans l’autre : Laboroute n’exige pas que votre laboratoire soit accrédité. Le COFRAC n’y intervient que pour le raccordement métrologique de vos étalons.
Dans la pratique, plusieurs documents de l’IDRRIM traitent les deux comme des voies équivalentes. La sous-traitance de préparation de corps d’épreuve peut être confiée à un laboratoire « agréé Laboroute ou COFRAC » sur l’essai concerné ; les laboratoires supports d’essais croisés doivent être titulaires « d’une accréditation COFRAC ou d’un agrément Laboroute ou d’une certification ISO 9000 ». Le choix se fait donc selon vos marchés et vos clients, pas selon une hiérarchie technique.
Laboroute dispose en revanche d’un mécanisme qui lui est propre : le groupe DAN (difficultés d’application des normes) valide des dérogations formalisées, et reconnaît des méthodes d’essai Laboroute lorsqu’il n’existe pas de méthode normalisée.
Mon accompagnement
Diagnostic et éligibilité
Écart au référentiel en vigueur, et vérification des seuils d’effectif avant tout engagement, mieux vaut le savoir tout de suite.
Choix des domaines et des essais
L’agrément étant délivré essai par essai, ce cadrage détermine l’équipement, les compétences et le coût de la démarche.
Système qualité et métrologie
Modes opératoires, raccordement des étalons, maîtrise documentaire des méthodes.
Revue de direction et audit interne
Les deux pièces que la surveillance annuelle réclame. On les met en place pour qu’elles vivent, pas pour un dossier.
Audit et passage en Commission
Préparation à l’audit de l’expert mandaté, puis tenue des dossiers de surveillance les années suivantes.
Le volume dépend du nombre de domaines visés, du nombre d’antennes et de ce qui existe déjà. Il se chiffre après un premier échange.
Questions fréquentes
Non. Aucun texte réglementaire ne le fonde ni ne l’impose. Le CCTP-type de l’IDRRIM écrit lui-même « un agrément qualité de type Laboroute ou équivalent », et le Code de la commande publique oblige un acheteur public à accepter les labels équivalents et tout moyen de preuve approprié. C’est un avantage commercial, pas une contrainte légale.
L’IDRRIM emploie « agrément » et « qualification ». Le document délivré s’intitule « Agrément Laboroute n° xx-xxx ». Le mot « certification » n’est jamais utilisé pour ce dispositif : l’employer signale une méconnaissance du sujet, ce qui n’aide pas dans une réponse à appel d’offres.
Au moins trois, dont au moins un parmi les domaines 1, 2, 3, 4 et 8. Le domaine 9, l’auscultation de chaussées, peut en revanche être demandé seul. À l’intérieur de chaque domaine, certains essais de base sont imposés, et l’agrément est délivré essai par essai.
Non, les deux ne s’opposent pas et Laboroute n’exige pas que le laboratoire soit accrédité. Plusieurs documents de l’IDRRIM les traitent comme des voies équivalentes : la sous-traitance de préparation de corps d’épreuve peut aller à un laboratoire « agréé Laboroute ou COFRAC », et les laboratoires supports d’essais croisés doivent détenir « une accréditation COFRAC ou un agrément Laboroute ou une certification ISO 9000 ». Le choix dépend de vos marchés.
Le facteur limitant n’est pas l’audit mais le calendrier : la Commission ne siège que deux fois par an, et les éléments doivent être transmis au plus tard six semaines avant. Le délai réel dépend donc de la session visée et de l’état de votre système qualité au départ.
À voir aussi
Sources
Référentiel Laboroute, version du 15 novembre 2024, et guide d’audit Laboroute, idrrim.com. Registre public des agréments et composition de la Commission publiés par l’IDRRIM. CCTP-type IDRRIM relatif au contrôle extérieur de travaux routiers (février 2018). Code de la commande publique, article R2111-14, sur l’équivalence des labels. Décret n° 2008-1401 du 19 décembre 2008 relatif à l’accréditation, en application du règlement (CE) n° 765/2008.
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